Les deux hommes se réunirent, puis disparurent bientôt dans une anfractuosité en forme d'entonnoir. Là, se soutenant à la force des poignets, ils se laissèrent tomber dans une excavation en forme de caveau, et dans laquelle brûlait un feu de broussailles, dont la fumée était entraînée par un courant souterrain.

—Diouloufait, allume la lanterne, dit l'arrivant qui avait répondu au nom de Biscarre.

L'autre obéit.

La physionomie de ces deux hommes, bien que différente, n'en portait pas moins un même cachet effrayant.

Et sans même regarder leur visage, qui se fût trouvé subitement en face d'eux n'eût pu réprimer un frisson.

Car tous deux portaient le costume des forçats.

Biscarre était grand, bien proportionné, et même, sous les ignobles vêtements qui le couvraient, on devinait je ne sais quelle élégance native; ses mains sèches et nerveuses n'appartenaient point à un paysan.

Il avait jeté à terre le bonnet vert qui cachait ses cheveux ras, de couleur rousse, et, à la lueur du foyer qui crépitait, son masque s'accentuait, avec ses traits fermes et anguleux, sa bouche aux lèvres épaisses et sensuelles.

Le front était bas, les mâchoires proéminaient en avant: on eût dit la tête d'un fauve, d'un loup. Les dents blanches et aiguës apparaissaient dans un rictus ironique: les yeux, à pupilles jaunes et mobiles, complétaient la ressemblance de l'homme et de l'animal.

Quant à Diouloufait, un seul mot peut suffire pour le dépeindre. C'était un colosse. Tout en lui était énorme. Les traits boursouflés n'avaient point pour ainsi dire de galbe propre: le nez épaté, les gros yeux, la bouche lippue et largement fendue, les oreilles rouges et s'écartant du crâne en conques disproportionnées, tout contribuait à donner, au premier coup d'œil, la sensation de la brutalité poussée à ses dernières limites.