—Tonnerre! s'écria Diouloufait, je ne t'attendais plus.... Voilà trois heures que tu devrais être ici....
A cette apostrophe, un éclair de colère passa dans les yeux de Biscarre. Cependant, il se contint:
—Une fois pour toutes, souviens-toi, Diouloufait, que tu es fait pour m'attendre et pour m'obéir...
—Je le sais bien, fit le géant; mais enfin... il y a des bornes...
—Non. Il n'y a d'autres bornes que celles que fixe ma volonté.
L'accent de Biscarre était empreint d'une autorité si cassante, que jamais despote n'eût mieux rendu les nuances de l'absolutisme le plus complet.
Et sans doute, le forçat avait le droit de parler ainsi, car après l'avoir considéré un instant comme s'il avait senti en lui quelques velléités de révolte, Diouloufait baissa les yeux et se tut.
—Je n'ai pu m'évader qu'à minuit, reprit Biscarre, condescendant toutefois à donner cette explication. Nul ne s'est encore aperçu de ma disparition, car le canon n'a pas encore retenti; donc la nuit est à moi.
—Oh! le canon, fit Diouloufait en riant bruyamment, ils l'ont bien tiré pour moi; je n'en suis pas moins bien tranquille ici.
—A qui le dois-tu?