»—Qu'elle est belle!

»—Vous êtes intelligent, continuait-elle, toujours calme, toujours impassible, vous me comprenez, n'est-ce pas?... Me sachant belle, je voulus que cette beauté fût connue, admirée. Il me répugnait de gravir un à un les échelons qui devaient m'amener aux sommets qui étaient mon but.... De vous j'ai fait un peintre... je vous ai en quelque sorte échauffé de cet amour qui vous a tué... l'étincelle a jailli, et maintenant je vous dis: Je ne vous aime pas! je ne vous appartiens pas! je suis libre de moi-même, et lord S..., qui est venu hier et qui m'attend, est mon amant!

»—Misérable!

»Je bondis vers elle, les poings levés, avec un rugissement.

»Elle avait croisé ses deux bras sur sa poitrine, la tête haute, sans forfanterie cependant; elle savait bien que je ne la frapperais pas, que je ne la tuerais pas. Et mon bras retomba inerte, et des larmes désespérées jaillirent de mes yeux. J'avais entendu cela, elle m'avait souffleté de ses aveux insolents et cyniques, et cependant je ne l'écrasais pas comme un reptile.

»Elle n'avait pas fini d'ailleurs, et tandis que je retombais fou, stupide, j'entendis encore sa voix dont le diapason ne s'était même pas modifié:

»—Vous comprenez que lord S... ne peut pas laisser entre vos mains cette toile qui prouve les liens qui vous ont uni à moi. C'est pourquoi il me faut ce portrait, et ce que vous avez refusé hier, je veux que vous l'acceptiez aujourd'hui.

»Ah! quelle épouvantable scène, et l'humanité peut-elle descendre aussi bas? Je priai, je sanglotai, je me traînai à ses pieds, je lui criai mon amour avec toutes les folies de la passion forcenée.

»Et comme toujours, hautaine et sûre d'elle-même, elle me répétait ce mot: Je veux!... je courus à mon bureau, je saisis une plume et traçai quelques lignes.

»—Si tu le veux, m'écriai-je, ce tableau, je te le donne!