»Vous savez le reste!
»Et maintenant, messieurs, vous qui m'avez sauvé, vous qui avez droit à scruter les replis les plus profonds de mon âme...
»Jugez-moi...
»Seulement, écoutez bien.... J'ai été assez franc, j'ai fait assez bon marché de mon orgueil, de mon amour-propre, pour que vous acceptiez ma parole!
»Depuis l'heure où j'ai voulu abandonner la vie, il s'est accompli en moi une transformation telle que, m'interrogeant, il me semble être revenu de deux années en arrière. Non, tout ce que j'ai dit n'existe plus! Le Martial d'autrefois est mort!... et un autre s'est éveillé, en qui parlent toutes les voix de l'honneur et de la probité.
»Si je vous ai bien compris, vous vous êtes dévoués à une œuvre grande et généreuse; vous vous êtes constitués, au milieu de cette société égoïste et haineuse, les chevaliers du droit et du devoir.
»Eh bien! je vous le demande: ouvrez-moi vos rangs, et, soldat fidèle, je combattrai à vos côtés.
»Dans cette armée du bien, dont vous m'avez révélé l'existence, je prendrai—si vous le voulez—le poste le plus humble ou le plus dangereux.... Toutes mes énergies d'homme se sont réveillées à votre appel. Je ne vous demande pas de croire aujourd'hui en moi... mettez-moi à l'épreuve... ma vie vous appartient... J'attends votre arrêt.»
Martial se laissa retomber sur son siége, épuisé par les angoisses de cette confession, où s'étaient déroulés ses plus amers souvenirs. Peu à peu, les personnages qui composaient le Club des Morts s'étaient laissé eux-mêmes entraîner par ce récit, où la faiblesse humaine parlait si haut. Et quand Martial eut fini, pas un mot ne s'échappa de toutes les poitrines oppressées. Tous s'absorbaient dans leur pensée, et peut-être se souvenaient d'avoir subi, eux aussi, le joug de funestes passions. Enfin, Armand de Bernaye se leva.
—Messieurs, dit-il, vous avez entendu le récit de Martial, vous avez entendu encore la requête qu'il vous adresse. Vous savez ce qu'il nous reste à faire. Que chacun de nous descende au plus profond de sa conscience, et se demande si l'homme qui fait appel à nous est digne de se dévouer à l'œuvre que nous avons entreprise... Souvenez-vous que notre premier devoir, c'est la franchise absolue envers nous-mêmes. Donc, pas de fausse fierté, pas de compromis!... Oui, ou non, Martial a-t-il le droit de faire partie du Club des Morts? Oui ou non, avons-nous, à notre tour, le droit, en nous confiant à lui, de lui livrer les secrets de notre association? Notre réponse, vous le savez, doit être ainsi formulée: Oui, non, ou bien, pour troisième terme: Épreuve.