—Oui, dirent à leur tour chacun des frères Droite et Gauche.
—Oui, répéta Armand.
Seule, la marquise restait. Quand elle se dressa, Martial ne put réprimer un mouvement de surprise. Dans l'ombre qui obscurcissait la salle tendue de noir, il n'avait pas remarqué que l'un de ses juges fût une femme.
De sa voix douce et grave, elle laissa tomber ce mot:
—Epreuve!
Martial tressaillit. Il lui semblait que ce mot équivalait à une condamnation sans appel. Il eut froid au cœur; il croyait qu'une main inconnue le rejetait dans l'abîme où il s'était si longtemps débattu.
—Ah! qui que vous soyez, s'écria-t-il, révoquez cet arrêt. Croyez en moi! il me tarde de commencer l'œuvre de réhabilitation.
—Et ce sera quand vous le voudrez vous-même, reprit la marquise. Si le mot qui vous admet dans nos rangs n'est pas tombé aussitôt de mes lèvres, c'est qu'avant de lier pour toujours votre existence à nos destinées, il vous reste une tâche à remplir.
—Parlez! parlez! et quelle qu'elle soit, je saurai vous prouver que je suis digne de vous.
—Martial! votre seul crime, c'est d'avoir oublié votre mère. Voilà ce que mon cœur vous reproche. De vos folies nous ne nous souvenons même plus. Mais ce fut un crime, Martial, je le répète, que d'effacer de votre cœur, fût-ce pendant une heure, le souvenir de celle qui avait poussé l'esprit de dévouement et de sacrifice à ses dernières limites.