Une légère rougeur monta aux joues du jeune homme.

—Je vais te dire tout, continua-t-il, comme si l'infernale liqueur eût déjà exercé son influence redoutable sur son cerveau.

Ses yeux brillèrent.

—Alors, entre les dentelles blanches apparaît une femme!... Oh! comme elle est belle!... et que son sourire est doux!... Elle se penche vers moi, je sens sur mon front le souffle divin qui s'échappe de ses lèvres... dans ses yeux, on dirait qu'il y a des larmes.... J'étends les bras vers elle... et je balbutie un mot.... Mère!... alors je sens qu'elle m'embrasse!... Un frisson passe à travers tout mon être!... puis tout s'efface, tout disparaît... et je m'éveille!...

Il y eut un moment de silence. Certes, la Baleine n'était pas précisément ce qu'on appelait encore à cette époque un homme sensible, et rien n'indiquait que le viscère dont les battements titillaient sa septième côte eût droit au nom de cœur. Et pourtant il ne disait rien. Il avait baissé le nez dans son verre vide et aspirait de ses larges narines l'odeur âcre du poivreau. Tout à coup Jacquot reprit:

—C'est bien vrai, cela, que vous n'avez jamais connu ma mère?

Dioulou tressaillit. L'attaque était directe; heureusement il était prêt à la riposte.

—Tu sais bien! fit-il d'un ton brusque, je l'ai connue.... sans la connaître.... C'était la sœur de.... l'autre...

—Oui, c'est vrai. On me l'a dit cent fois... et aussi vous avez ajouté que c'était une... méchante femme...

—Oh! méchante... si l'on veut... seulement elle avait eu des histoires avec la justice... pour des bagatelles... elle avait ses idées, c'te femme... elle disait que ce qui était aux autres était à elle...