—Voyons, pas tant de phrases, dit Biscarre. La mère, collez ça sur les volets, et filez rapidement.

La Brûleuse, de son œil unique, jeta un regard interrogatif à Dioulou. Elle sentait en elle de vagues idées de résistance. Mais d'un geste significatif, le colosse lui ordonna encore une fois d'obéir. Elle se résigna en grommelant, et, un instant après, les lourdes planches de bois, retenues par les boulons de fer, fermèrent hermétiquement la devanture. Puis, la Brûleuse jeta un adieu à Dioulou et disparut, en promettant de revenir dans une heure. Biscarre alluma une chandelle, et, se rapprochant de Jacquot, s'assura que son sommeil était profond. La tête du jeune homme, rejetée en arrière, portait le stigmate de la fatigue; mais, en dépit de sa pâleur, il conservait une beauté et une délicatesse natives qui, chez tout autre que Biscarre, eût excité une sympathie involontaire. Mais bien au contraire, l'œil ardent, la lèvre crispée, l'ancien forçat l'enveloppait d'un regard de colère et de haine.

—Dioulou! fit-il.

L'homme s'approcha. De la main, Biscarre lui désigna le dormeur.

—N'est-ce pas qu'il lui ressemble? murmura-t-il.

—A qui?

—Mais à elle, pardieu!... à celle que je hais... pour l'avoir trop aimée.

—C'est pas malin, ça, fit Dioulou en ricanant, on se ressemble de plus loin... puisqu'elle est sa mère...

—Sa mère! oh! tais-toi!... Quand je songe à cela, je me demande si j'aurai l'énergie nécessaire pour ne pas écraser d'un seul coup ce misérable....

Il leva sur la tête de Jacquot son poing qui l'eût tué d'un seul coup, mais Dioulou lui arrêta le bras.