—Expliquez-vous, de grâce.

—Ça ne sera pas long. Aussi bien le cœur me saigne de voir que tu n'es pas heureux comme tu le mérites. Voici où le bât te blesse, mon garçon: tes camarades, tes patrons, tout ce monde-là est jaloux de toi.

—Jaloux! et pourquoi? Suis-je donc fier? suis-je orgueilleux? ai-je jamais provoqué, insulté qui que ce soit?

—Non, mais tu es un monsieur, et c'est ça qui les chiffonne.

—Je suis un ouvrier, rien de plus, ils le savent bien.

—Pas vrai; tu en sais trop long pour eux. Tu lis, tu écris, tu as appris un tas de choses dont ils ignorent même le premier mot; tu ne te grises pas—je ne te parle pas d'aujourd'hui, c'est exceptionnel—et puis je soupçonne l'ami la Baleine d'avoir voulu te consoler de force; enfin tu n'es pas du même monde que tous ces flâneurs qui travaillent juste ce qu'il faut pour ne pas mourir de faim; alors on t'en veut, on a peur que tu ne montes trop haut, et on te fait des tours, je connais ça. Va, dans notre métier, c'est la même chose, toute proportion gardée.

—Mais enfin, s'écria Jacquot, qu'est-ce que je vais devenir?

—Nous allons causer de cela, et j'imagine que tu ne seras pas fâché de ce que j'ai à te dire. Ça t'ennuie de n'avoir pas le sou, hein?

—Comme tout le monde, je suppose.

—Ça t'ennuie aussi de vivre toujours dans un monde qui ne peut pas te comprendre et au milieu duquel tu te sens mal à l'aise, avoue-le.