Jacquot eut un sourire.

—Il est vrai qu'il y a en moi je ne sais quoi qui va mal avec les allures de mes camarades.

Biscarre, lui aussi, ébaucha un sourire. Toute cette conversation, habilement dirigée par lui, tendait à un but qui se rapprochait de lui-même. Il prit la main de Jacquot entre les siennes, et le regardant en face, il reprit:

—Dis-moi: quand tu passais à travers les rues, vêtu de ta blouse, les pieds chaussés de lourds souliers à clous, la tête couverte d'une méchante casquette, est-ce qu'il ne t'est pas arrivé de tressaillir quand passait tout à coup auprès de toi quelque élégante voiture, conduite par un dandy bien musqué, bien ganté, avec son tigre à côté de lui?... Est-ce que tu ne t'es pas dit alors que, toi aussi, si la fatalité ne t'avait pas jeté dans la vie sans ressources, tu aurais su, aussi bien qu'un autre, faire figure dans le monde?...

Le jeune homme écoutait. Il était pâle, ses yeux brillaient.

—Vois-tu... je comprends cela, moi.... Quand j'étais jeune, comme je n'étais pas plus bête qu'un autre, je me suis dit souvent que rien ne devait être beau comme le luxe, comme la richesse. Ah! j'aurais donné ma vie pour passer à travers toute cette foule en triomphateur, pour traiter d'égal à égal avec les plus riches!...

—Pourquoi me parlez-vous ainsi? s'écria Jacquot. Vous voulez donc me rendre fou?

—Bah! est-ce que les mots te font un pareil effet?

—Vous ne comprenez donc pas que ces mots sont des idées?... que vous réveillez en moi je ne sais quels désirs assoupis, je ne sais quels rêves à peine formulés qui, parfois, surtout quand je me sens malheureux, me brûlent le cœur et torturent mon cerveau?

Biscarre se pencha vers lui: