—Aussi, je t'ai bien deviné: tu voudrais être riche...
—Oui.
—Tu voudrais que les portes de ce monde brillant s'ouvrissent toutes larges devant toi....
Le jeune homme se dressa sur ses pieds.
—Ah! que je puisse seulement pénétrer dans ce monde qui semble ma vraie patrie, et je m'y frayerai ma route à coups de volonté. Vous entendant parler ainsi, je sens revivre en moi des pensées qu'en vain je m'efforce d'étouffer.
—Et ces pensées, quelles sont-elles?
—Oh! ce sont des folies, sans doute. Mais je dois être franc. Souvent, oubliant qu'elle fut mon origine, je me dis qu'un sang généreux coule dans mes veines, que ma place est marquée au milieu des riches et des puissants! Si vous saviez, alors je me dis que la fortune serait entre mes mains un levier si fort que je changerais la face du monde.
Biscarre ne put réprimer un ricanement.
—Je vous en supplie, ne riez pas. Je suis fou, vous dis-je. Je le sais. Mais du moins les fous sont heureux, car ils oublient cette terrible et sinistre réalité qui vous écrase et vous brise; laissez-moi ma folie...
—Parle; je te jure que je ne ris pas de toi. Est-ce que je ne comprends pas tout cela? Est-ce que dans un cœur de vingt ans il n'y a pas telles aspirations innommées qui éblouissent?