Jacquot était retombé sur son siége, prenant entre ses mains ses tempes, comme s'il eût craint que son cerveau n'éclatât sous le bouillonnement de ses pensées.

Biscarre, maître de lui, semblable au Méphistophélès de la légende, sentait cette âme vibrer sous ses doigts comme un clavier, et impitoyable, il parlait encore, baissant la voix.

—Oui, je sais tout, disait-il; je t'ai vu frissonner, lorsque passaient, enveloppées de soie et de velours, ces adorables créatures qui ressemblent à des anges échappés du ciel, lorsque tombaient sur toi ces regards qui enivrent et qui rendent fou.

—Par grâce, taisez-vous!

—Et alors tu te disais: Pourquoi ne suis-je rien? Pourquoi n'ai-je pas de nom? pourquoi suis-je rivé à ce carcan qui s'appelle la misère, le travail sans trêve ni repos? Et cependant, moi aussi je suis jeune, j'ai la force et la vitalité, j'ai l'énergie et le désir! De quel droit ceux-là sont-ils au-dessus de moi, quand je me sens supérieur à eux?

—Assez! assez! balbutiait le malheureux que la tentation enlaçait.

—Allons donc! n'est-il pas vrai que la volonté est la maîtresse du monde? Assez de misère! assez de douleur! Il faut en finir. A moi la vie facile et large!

Jacquot laissa tomber sur la table son poing serré.

—Ah! pourquoi me torturez-vous ainsi?

La voix de Biscarre devint si sourde qu'à peine était-elle perceptible.