—Parce que, si tu le veux, tu peux être riche!

—Moi! folie!

—Si tu le veux, tu peux entrer la tête haute au milieu de cette société qui te paraît si enviable, parce que d'un seul bond tu peux, de l'abîme où tu te débats, t'élancer sur les sommets. Dis un mot, et de l'ouvrier désespéré, du misérable sans avenir et sans espoir, je fais un heureux que tous salueront.

Le jeune homme, livide, se leva tout à coup du banc sur lequel il était affaissé. Il courut vers la fontaine d'où l'eau s'échappait tombant dans la cuve de zinc, et là, se plongeant le front dans l'eau glacée, il se frotta vigoureusement les tempes; puis vivement il revint vers Biscarre, et s'arrêta devant lui, haletant...

—Oncle Jean, dit-il d'une voix mal assurée, vous avez raison, je suis fou!... Car j'entends résonner à mes oreilles des paroles que vous ne prononcez pas... Voyons, ce n'est pas vrai! vous ne me dites pas que je puis être riche!

—Tu m'as bien entendu: je t'offre la réalisation de tes rêves.

—Impossible!

—Je t'offre de prendre ta place au soleil, de dépouiller la casaque de l'ouvrier pour revêtir l'habit de l'homme du monde et du dandy. Je t'offre les amours orgueilleuses et les joies du luxe.

—Je ne sais plus... je ne vois plus...

—Du calme! reprit Biscarre. Certes, mes paroles te semblent incompréhensibles, et tu te demandes à ton tour si je ne suis pas fou. Reprends ton sang-froid, et tu verras que je ne t'ai rien dit qui ne soit l'expression de la vérité.