Jacquot inclina la tête sans répondre. Il avait tant souffert, il sentait si bien en son âme les aspirations de la jeunesse et de l'ambition, qu'il se livrait tout entier, ne raisonnant plus. Biscarre le tenait dans ses mains. Il touchait à l'heure depuis si longtemps attendue.
—Souvent, reprit-il d'un ton calme, tu m'as demandé quel était ton père.
—Oh! allez-vous donc enfin me dire son nom?
—Attends. Je t'ai dit que tu étais la fils de ma sœur. Cela est vrai. D'elle, je demande à ne pas te parler plus longuement. Mais celui qui fut ton père n'a jamais oublié qu'il avait jeté sur la terre une créature innocente.
—Quoi! mon père vit-il donc encore?
—Laisse-moi achever. Non, ton père n'est pas vivant, et tu ne le verras jamais.
—Mon Dieu! n'éveillez-vous donc en moi de pareil espoir que pour mieux me désespérer!
—Tu es injuste, et tu ferais mieux de m'entendre sans m'interrompre ainsi à chaque instant. Voici exactement ce qui s'est passé. Il y a deux jours, j'ai reçu la visite d'un homme très-connu dans le monde des affaires, et qui est en relations avec la plus haute société. J'étais étonné d'abord qu'un personnage de cette importance eût à causer avec un pauvre maçon comme moi... mais j'ai été bien plus surpris encore, quand il m'a demandé ce qu'était devenu le fils de ma sœur. Tu comprends bien que j'ai commencé par me défier. Je n'aime pas les figures inconnues, et puis je ne savais pas encore quel était ce M. Mancal...
—Mancal! s'écria le jeune homme. J'ai déjà entendu prononcer ce nom.... Oui, c'était dans une des dernières maisons où j'ai travaillé. Ce M. Mancal avait procuré au fabricant une commande assez considérable.
—Cela ne m'étonne pas. Car j'ai pris depuis mes renseignements: s'ils n'avaient pas été parfaitement favorables, je ne t'aurais pas parlé de tout cela.