Mancal se leva brusquement. Il était livide. Une lueur rapide venait de traverser son cerveau.
—Vous allez immédiatement m'expliquer vos paroles, sinon!...
—Sinon?... Évidemment il n'y a pas moyen de causer avec vous. Enfin, puisque vous y tenez absolument, voici l'explication que vous réclamez.
Elle avait tiré de sa poche un petit flacon de cristal, fermé par un bouchon à l'émeri. D'un seul coup d'œil, Mancal le reconnut. C'était celui qu'il avait remis jadis à l'empoisonneuse, et qu'elle lui avait payé deux mille francs. Il était vide! Et la commotion que l'ex-forçat éprouva fut telle, que la voix s'arrêta dans sa gorge, une sueur froide mouilla son front, et il s'appuya au mur pour ne pas tomber.
—Du poison! murmura-t-il d'une voix rauque.
—Naturellement, fit le Ténia. Je suis une excellente élève, comme vous voyez.
Tout le corps de Mancal tressauta comme sous l'impression d'un ressort; ses yeux s'injectèrent de sang.
—Misérable! fit-il en bondissant vers la table et en saisissant un couteau.
Mais, au même instant, la duchesse se renversa en arrière avec un éclat de rire si franc, si net, si clair, que malgré lui il s'arrêta.
—Mon cher monsieur Mancal, reprit-elle, décidément vous êtes moins fort que je ne le croyais. Rassurez-vous. Ce flacon était vide de poison. Vous avez bu les vins les plus naturels et les liqueurs les moins frelatées. Vous vous portez fort bien.