A mesure qu'elle parlait, le visage contracté de Mancal se rassérénait. Il jeta le couteau loin de lui.
—Allons, fit-il, je suis vaincu. Vous êtes un trop rude adversaire.
Le Ténia se leva, et, s'approchant de lui, plaça sa main sur son épaule:
—Je puis être une utile alliée, dit-elle. Écoutez-moi; il faut que nous causions encore, et cette fois sans réticences.
Elle le regarda en face, comme deux complices qui ont un but et qui veulent l'atteindre à tout prix. En réalité, la situation était changée, comme on dit, du tout au tout. Mancal—incarnation de Biscarre—s'était tout d'abord présenté en troisième rôle de mélodrame. Il avait pris des allures fatales et avait débité ses tirades avec un aplomb merveilleux, qui devait, selon lui, réduire l'adversaire à merci. Il avait engagé le duel. A la première passe, il avait employé ses coups les plus savants, ils avaient été parés. Mieux encore: à la riposte, il avait été désarmé, et il avait dû rompre. En garde donc, et au plus fort! Elle lui dit:
—Cartes sur table. Que voulez-vous de moi? Si vous parlez franchement, je vous dirai ce que je veux de vous.
—Bien, fit Mancal. Ma vie a un but, je veux que vous m'aidiez à l'atteindre.
—Ma vie a un but, dit la duchesse, dont la voix s'altéra légèrement, m'aiderez-vous à votre tour?...
—Je vous le jure.
—Je ne crois pas aux serments.