Que de fois, courant avec Jacques à travers les prairies ou les bois d'oliviers, elle avait écouté avec ravissement la voix des oiseaux, chantant leurs hymnes de joie! Alors elle le prenait par la main et lui disait:
—Tout est beau! tout est bon!
L'amour vint. Tout autre que M. de Mauvillers l'eût prévu. Lui, ne vit rien. Il chassa le fils de son bienfaiteur, comme il eût fait d'un laquais. Marie voulut prendre sa défense, M. de Mauvillers l'arrêta d'un seul mot. Il voulait, cela devait suffire.
Ces rigidités irraisonnées amènent la révolte. Marie feignit de se soumettre. Et la contrainte qu'elle s'imposa ne fit que développer le sentiment qui germait encore ignoré en elle.
Sa sœur comprit, mais trop tard. Mathilde pouvait-elle prévoir la faute, ignorant elle-même ce qu'était l'amour...?
Un jour, Marie lui avoua qu'elle aimait Jacques, et qu'elle était aimée de lui. Elle ne se repentait pas. Jacques était si bon, si honnête, si aimant! Pourquoi ne l'aimerait-elle pas? Il était certain que le mariage aurait lieu. Il suffisait que M. de Mauvillers se réconciliât avec lui. Et, le temps marchait; et Jacques, fou d'amour, fou de jeunesse, ne sentait pas qu'il marchait à sa perte. Ses idées, ses convictions, étaient pour lui une religion; il était convaincu du triomphe prochain. Tout lui semblait beau, lumineux, rayonnant.
Vint le réveil....
Jacques était arrêté, Marie allait devenir mère.
M. de Mauvillers était implacable. Le fils du marquis de Costebelle n'était plus qu'un ennemi politique. Il était condamné d'avance.
Mathilde fut admirable de dévouement. Elle eut le courage d'aller avouer la vérité à une vieille parente qui habitait Aix, la suppliant de l'aider à sauver la coupable. Madame de Sorlis, c'était son nom, y consentit, et, grâce à un stratagème, Marie put aller passer chez elle les derniers mois de sa grossesse.