—Il m'aimera! il m'aime! répondaient les yeux du Ténia.

—Monsieur le comte, dit-elle, je vous suis dès ce moment tout acquise... et quelle que soit la requête que vous ayez à m'adresser, je puis vous assurer que j'emploierai ma faible influence à vous donner satisfaction....

Mancal reprit la parole:

—Si j'ai bien compris les intentions de M. de Cherlux, dit-il, l'homme à qui nous devons demander un pareil service doit joindre à une grande situation une honorabilité reconnue et incontestée...

—Sans doute.

—Eh bien, si j'osais émettre un avis, je rappellerais à madame la duchesse que, dans la société parisienne, nul ne me paraît plus digne de cette confiance qu'un homme honoré par elle d'une estime particulière.

—Son nom?

—Ne l'avez-vous pas deviné? je veux parler de M. le duc de Belen.

Le Ténia regardait Mancal et cherchait à comprendre le but vers lequel il tendait. Mais le visage du forçat avait perdu son expression féroce pour prendre le masque de l'obséquiosité polie. Quant à Jacques, il écoutait pour ainsi dire sans entendre. Il contemplait les cheveux de la duchesse négligemment rejetés sur sa nuque; il devinait sous son peignoir ces formes admirables qui avaient inspiré jadis un chef-d'œuvre à Martial; son regard courait sur ces mains fines, ces bras blancs et ronds qu'un statuaire eût moulés, et, dans cette sorte d'adoration inconsciente, il se souciait peu, en vérité, du sens même de la conversation dont il était l'objet.

—J'ai déjà eu l'honneur, continua Mancal, de pressentir M. le duc à ce sujet, et j'ai la conviction que la recommandation de madame de Torrès serait toute-puissante pour le décider à accueillir M. de Cherlux.