—C'est-il drôle! c'est-il drôle! répétait Hermance.

Paméla elle-même était en joie.

Goniglu regarda Muflier, qui regarda Goniglu.

Ils se comprirent d'un coup d'œil. L'esprit chevaleresque de la vieille France leur dictait leur devoir.

—Payons la note, dit Muflier.

—Et à la baraque! ajouta Goniglu.

Nos lecteurs n'ont sans doute pas oublié les deux personnages qui avaient assisté à la séance du Club des Morts, et qui portaient les singuliers surnoms de Droite et de Gauche.

Donc, voici ce qu'ils étaient: saltimbanques. C'étaient bien eux, en effet, qui, debout sur le tréteau, invitaient la foule à entrer dans la baraque.

Avant d'aller plus loin, il nous faut raconter rapidement comment les deux frères avaient été victimes de l'accident qui les avait privés chacun d'un bras. L'histoire était simple, d'ailleurs. Ils se nommaient les frères Martin, et, dès leur enfance, avec leur père, ils exerçaient l'état de saltimbanques. La naissance de deux jumeaux avait coûté la vie à leur mère: ils avaient en outre une sœur, leur aînée de deux ans.

Le père Martin était donc resté seul avec trois enfants; mais comme c'était un homme courageux, il n'avait pas désespéré. De saltimbanque il s'était fait chanteur ambulant. Dans les premières années, le métier avait été dur, car il parcourait les villages, traînant dans une petite voiture les petits enfants, trop faibles pour marcher. Il est vrai que partout le père Martin rencontrait un accueil sympathique. Les mères venaient se pencher sur ce nid roulant où gazouillaient les douces créatures. Puis il avait une habileté toute spéciale à choisir les chansons qui touchaient le cœur des femmes.... Si bien que les sous pleuvaient, et que plus d'une courait chez elle, puis revenait bien vite, serrant contre elle son tablier relevé: et c'étaient des friandises, du bon pain frais, des galettes toutes chaudes. Elles demandaient au père Martin la permission de les prendre dans leurs bras, et c'étaient des jeux à n'en plus finir, des câlineries qui amusaient les orphelins, des baisers qui ébouriffaient leurs petites têtes brunes.