Bien souvent on avait offert au père Martin de se charger de l'un ou de l'autre, voire même de tous les trois. Lui, secouant la tête et les larmes aux yeux, disait:

—Vous êtes bien bons; mais la morte m'a fait jurer de ne pas les quitter.

Puis, sans eux, est-ce qu'il aurait pu chanter?

Et, s'attelant aux brancards, il repartait, tandis que les petits, blottis dans un vaste panier plein de paille fraîche, battaient des mains en criant:

—Hue! papa!... hue!

Il était presque heureux ainsi.

Cependant les enfants grandirent; mais, par un singulier caprice de la nature, tandis que les deux jumeaux devenaient forts et vigoureux, leur sœur restait toute mignonne, sa taille ne se développait pas; elle était faible et maladive, et c'était un véritable chagrin pour le père, qui se demandait avec inquiétude s'il la conserverait. Quand les jumeaux eurent sept ans, comme le père jouait avec eux, il remarqua leur extrême agilité et leur vigueur véritablement surprenante.

Il se souvint alors de son ancien état, et jugea que le mieux était de leur apprendre ce qu'il savait lui-même.

Oh! il ne les battit point. Il eût mieux aimé renoncer à tout. Mais les petits étaient pleins de bon vouloir, et intelligents que c'était plaisir de les instruire.

La première fois que le père Martin se décida à les faire travailler en public, ils remportèrent un véritable triomphe.