La baraque, dont la façade donnait sur la place, s'ouvrait par le fond sur un terrain vague où se trouvait la voiture des deux frères. La nuit était venue, l'obscurité était profonde. Tandis que Gauche attelait vivement le cheval, qui sommeillait tranquillement sous un auvent à claire-voie, Droite s'emparait des deux hommes plongés dans la torpeur de l'ivresse, et les transportait dans la voiture. Cinq minutes s'étaient à peine écoulées, quand Maloigne, inquiet, revint à la baraque. Silence complet. Il se hasarda à soulever le rideau, puis, à tâtons, il s'introduisit dans la salle. Les quinquets de la scène jetaient encore leur lueur jaunâtre. Mais la scène était vide. Les quatre personnages avaient disparu.


XIII

CONFESSION FORCÉE

Neuf heures du soir viennent de sonner. La duchesse de Torrès est dans son boudoir de fourrures, nonchalamment étendue sur un sofa. Mancal est devant elle.

—Eh bien! et votre protégé? lui demanda-t-elle.

—Grâce à vous, répondit Mancal, M. de Belen l'a accueilli comme je le désirais. Mon protégé—et il souligna le mot d'un ricanement—est en passe d'arriver... là où j'entends le conduire...

—En vérité, dit la courtisane en riant à son tour, je serais presque tentée de m'offenser de vos airs mystérieux... ne sommes-nous pas maintenant—vous l'avez dit vous-même—deux alliés?

—Deux complices même, si vous me permettez le mot, compléta Mancal. Et cependant, je crois que dans toute alliance semblable à la nôtre, il est bon que chacun conserve, jusqu'à un certain point, une dose de liberté personnelle.

—Je m'en souviendrai au besoin.