XV

UNE BANQUE ORIGINALE

Les bureaux de M. Mancal, agent d'affaires, ou plutôt banquier, étaient situés dans la rue Louis-le-Grand. Ils avaient les allures riches et sévères qui dénotent les opérations sérieuses. Dans une première salle, des garçons, revêtus d'une livrée sombre, accueillaient avec politesse les nombreux clients qui, chaque matin, venaient chercher les instructions de Mancal ou recourir à ses conseils. Puis, dans une vaste pièce éclairée par deux hautes fenêtres aux carreaux dépolis, plusieurs employés travaillaient assidûment derrière les grillages fermés. Plusieurs portes y donnaient accès: sur l'une, un écusson était fixé portant ce mot: Caisse; sur une autre: Contentieux; sur une troisième enfin: Direction. Ce matin-là, un homme, vêtu comme un riche paysan, se présenta dans la salle d'attente. Déjà plusieurs personnages attendaient depuis assez longtemps le bon plaisir de M. Mancal, qui, leur répondait-on, était enfermé en grave conférence dans son cabinet. Cependant le nouveau venu, après avoir fait les questions d'usage et reçu les mêmes réponses, déclara qu'à défaut de M. Mancal, il se contenterait de parler au caissier, auquel il fit passer un pli. Aussitôt il fut conduit vers la pièce dont nous avons parlé, et, un instant après, il était introduit. Là, le caissier attendit que la porte fût refermée, puis se levant brusquement:

—Qu'y a-t-il? s'écria-t-il vivement, et comment, malgré la consigne formelle, êtes-vous venu ici?...

—Est-il là?

—Oui.

—Il faut que je lui parle... immédiatement.

—Il est en affaires.

—Je suppose, mon cher confrère, dit l'autre, que nulle affaire n'est plus importante que de sauver sa peau.

—Hein! il y a un danger?