—Choisissez! dit Gauche à son tour, en désignant à Biscarre le tas de poids qui avaient servi à leurs exercices.
Biscarre s'approcha, se baissa, et jouant la niaiserie du mieux qu'il pouvait—et en cela c'était comme toujours un acteur admirable—il tâta successivement plusieurs poids, sans les prendre et sans tâcher de les enlever.
—Avez-vous donc cru qu'ils étaient en carton, fit l'un des deux frères, qui en souleva un et le laissa retomber sur les planches, qui gémirent sous la masse de fer.
Biscarre s'était redressé, toujours avec ses mouvements lents, et il regardait autour de lui. Or, il y avait justement au milieu du tréteau une table couverte d'un tapis sur lequel se voyaient des altères à poids énormes. Il est vrai de dire que, le plus souvent, les frères évitaient de se servir de ces engins, qui, même pour leurs forces exceptionnelles, nécessitaient des efforts trop violents. Biscarre alla vers la table.
—Qu'est-ce que vous venez faire par là? dit Gauche en riant. Est-ce que vous voudriez en tâter?
—Voyons! c'est pas bien de vous gausser de moi, dit Biscarre en riant d'un gros rire. Si je voulais, j'enlèverais la table et tout ce qu'il y a dessus.
Un éclat de rire accueillit cette fanfaronnade, et l'hilarité de la salle fut partagée par les deux jumeaux.
—M. de Crac est mort! cria une voix.
—A la porte le blagueur!
Et les lazzi d'éclater de toutes parts. Biscarre passa ses mains sous sa blouse et en tira un sac de toile assez gros. Il le plaça sur la table et on entendit le bruit d'un sac d'écus.