—Marie de Mauvillers, reprit lentement Biscarre, avez-vous parfois entendu parler de ces hommes qui, déclarant la guerre à l'humanité tout entière, se mettent en lutte ouverte contre la société?... Ils marchent dans la vie comme à travers un champ de bataille, frappant à la fois amis et ennemis, dépouillant les vivants et les morts.... Ces hommes-là, le peuple les appelle des bandits... Un jour vient où devant eux se dresse la loi, qui les saisit à la gorge et les jette à l'échafaud des voleurs et des assassins...

—Mon Dieu! mon Dieu! quelle est cette épouvantable raillerie? râlait Marie, qui se sentait devenir folle.

—Ces hommes-là, continuait Biscarre, sont attachés au pilori d'infamie... leur nom reste en exécration dans la mémoire des mères... et n'est prononcé qu'avec terreur!... Eh bien! femme qui m'as insulté, qui m'as couvert de ton mépris, femme qui m'as poussé au mal, au bagne, voilà ce que je ferai de ton enfant...

—Taisez-vous! par grâce!...

—Non, point de grâce! Oui, ton enfant vivra, Marie de Mauvillers, mais loin de toi... tu ignoreras où il est... et pendant de longues années tu pleureras en prononçant tout bas son nom.... Mais un jour la rumeur indignée de la foule portera jusqu'à toi, dans une clameur furieuse, le nom d'un misérable qu'attendra le bourreau. On te racontera la liste de ses forfaits, que tu écouteras en frissonnant.... Alors, moi, Biscarre, je paraîtrai devant toi, et je te dirai: Marie de Mauvillers, sais-tu quel est cet homme dont la tête va rouler tout à l'heure sur l'échafaud?... cet homme, c'est ton fils!...

—Pitié! Vous ne ferez pas cela!...

—Voilà ma vengeance.... Cet enfant m'appartient désormais... c'est moi qui le guiderai sur la route infâme!... Ne cherchez pas à combattre ma résolution, elle est irrévocable.... Le fils de Jacques de Costebelle et de Marie de Mauvillers est condamné... tu ne le reverras plus qu'une fois... en place de Grève!...

Devant cette monstrueuse évocation, Marie était restée foudroyée.

Biscarre s'approcha.

Par un dernier effort, elle serra contre sa poitrine l'enfant qui dormait... mais elle vit les mains du misérable s'avancer vers elle, saisir la pauvre créature....