Décidément il lui fallait attendre. Il ne pouvait se risquer à croiser sur l'escalier des invités qui peut-être l'auraient reconnu. Car lui aussi avait eu naguère sa part de ces joies mondaines.

Seulement, obéissant à un mouvement de curiosité dont il ne fut pas le maître, il descendit quelques marches encore, si bien que, sans être vu, il dominait la porte d'entrée.

Deux dames atteignaient le palier du premier étage.

L'une d'elles, enveloppée d'un camail de velours, était de haute taille, tout son être était empreint d'une élégance majestueuse. Son visage disparaissait sous un voile épais qui laissait apercevoir seulement quelques boucles de cheveux bruns, coiffés, ainsi qu'on disait alors, à l'anglaise, c'est-à-dire tombant de chaque côté des joues.

L'autre avait rejeté en arrière le capuchon de soie bleue.

Le jeune homme poussa un cri d'admiration.

Il eût été impossible, en effet, de rêver apparition plus charmante.

Ce n'avait été qu'un éclair, car un instant après, les deux dames disparaissaient entre la haie des laquais qui s'étaient levés sur leur passage.

Mais un seul coup d'œil avait suffi à l'artiste.

Ce front pur, ces yeux largement ouverts et rayonnants de jeunesse et de franchise, ces bandeaux blonds qui encadraient un ovale de vierge, ces lèvres admirablement dessinées qui souriaient à la vie et à l'espérance....