Le jeune homme s'arrêta un instant, comme ébloui, et, par un mouvement en quelque sorte involontaire, il aspira longuement cette atmosphère chaude et chargée de senteurs.

Et puis un singulier sentiment de honte s'imposait à lui.

S'étant penché sur la rampe, il percevait le bruit que faisaient en causant les laquais, groupés dans les antichambres. Evidemment il y avait des portes ouvertes.

Il lui fallait donc passer, lui, le déshérité de toute joie, le misérable à peine vêtu, devant ces hommes qui chuchoteraient en se poussant du coude, et dont peut-être les rires à peine étouffés parviendraient jusqu'à son oreille.

Bien qu'il fût décidé à mourir, il reculait devant cette souffrance d'amour-propre. Passer à travers cette splendeur pour aller aux ténèbres du tombeau lui semblait plus atroce encore.

Il restait là, accoudé.

La musique parvenait jusqu'à lui: il voyait dans son esprit ces groupes enlacés qui tournoyaient, les robes aux plis soyeux; il devinait les sourires échangés, les yeux brillants de plaisir, les mains des danseuses abandonnées aux doigts des cavaliers....

Tout à coup il entendit un bruit mat et sourd.

C'était la porte cochère qui venait de s'ouvrir.

Les roues d'une voiture retentirent sur le pavé de la cour et s'arrêtèrent devant le vestibule.