Silvereal n'avait pas reparu à l'hôtel de Belen depuis cette dernière entrevue où il avait extorqué au duc une somme de cinquante mille francs... somme, hélas! qui avait déjà disparu en babioles coûteuses que l'amoureux baron avait envoyées à l'hôtel de Torrès, pour se faire pardonner sans doute l'impolitesse qu'il avait involontairement commise en s'endormant dans le boudoir de celle à laquelle il offrait son nom et sa main.
Silvereal était soucieux, et ce pour plusieurs raisons qu'il importe de connaître.
La première, c'est que l'hôtel de Torrès lui était impitoyablement fermé depuis quelques jours, et même il s'était produit un fait plus étrange et plus grave.
Son dernier présent: une agrafe de diamants qu'il avait obtenue à crédit d'un des premiers bijoutiers de la rue de la Paix, lui avait été renvoyée sans que l'écrin eût même été ouvert.
Ceci pouvait être significatif, et tout personnage moins infatué de lui-même ou moins enfiévré d'amour eût deviné, de la part de l'avide duchesse, un congé non dissimulé.
Mais ce n'était pas là ce qu'avait compris le baron. Pour lui, le consentement de la duchesse à ses désirs de mariage ne faisait point doute. Seulement, tant que Mathilde serait vivante, ces promesses, ces offres seraient illusoires. Ce refus n'était qu'une invitation à agir.
C'est ce qu'avait immédiatement tenté Silvereal, impatient d'avoir reconquis sa liberté.
On n'a pas oublié que le vieux Blasias lui avait remis un flacon qui ne contenait, en somme, qu'un breuvage complétement inoffensif.
Mais Silvereal, ne doutant pas qu'il ne tînt en son pouvoir la vie de la baronne, avait résolu d'en finir... et, au risque d'éveiller les soupçons, il avait trouvé moyen de faire prendre à sa femme le contenu total du flacon.
On devine ce qui s'était passé.