Ç'avait été une triste journée pour le baron. Vingt fois il s'était présenté à l'hôtel, espérant trouver la domesticité au désespoir, tout prêt à accueillir avec le masque d'une douleur de bonne compagnie la nouvelle d'une épouvantable catastrophe.
Point. Tout était calme. A quelques questions habilement posées, il avait été répondu que jamais la santé de madame de Silvereal n'avait été meilleure. L'honnête mari n'en pouvait croire ses oreilles, et, finalement, il avait sollicité et obtenu l'autorisation de se rendre dans l'appartement de la baronne.
Elle l'avait reçu avec sa hauteur ordinaire. Et tout en causant de banalités, il avait pu constater que jamais sa beauté n'avait été plus vivace, que jamais ses yeux n'avaient été plus brillants, sa voix plus calme.
C'était à en perdre la tête.
Il avait couru au club, afin de tenter la fortune et d'oublier, dans la fièvre du jeu, les soucis qui le tourmentaient.
Là il avait été en butte à quelques railleries, ménagées d'ailleurs avec un goût exquis. Mais on lui parlait de M. le comte Jacques de Cherlux, charmant jeune homme qui avait été accueilli par le duc de Belen sur la recommandation de la duchesse de Torrès, et en qui on lui faisait deviner un rival.
Était-ce donc là l'explication de l'exil qui le frappait?
Avec ses inquiétudes s'étaient surexcités tous ses mauvais instincts. Il n'avait pu tuer sa femme, il se devinait maintenant chassé par celle qu'il aimait... et de Belen était le complice de la duchesse... Il prêtait les mains à une intrigue qui le pouvait réduire au désespoir, lui, Silvereal, un ancien ami... mieux que cela... un complice qui pouvait un jour ou l'autre devenir dangereux.
Il fallait élucider cette question, et c'était dans ce but que le baron se présentait chez le duc de Belen; seulement il avait appris à ses dépens que dans une discussion violente avec le duc, il était rare que le dernier mot lui restât. Aussi avait-il résolu d'employer cette fois un tout autre moyen.
—Eh! bonjour, mon cher duc! fit-il dès qu'il aperçut de Belen, et en s'avançant vers lui les mains tendues en avant.