De Belen se contenta de hausser les épaules et continua:
—Vous ne paraissez rien comprendre. Il est ridicule qu'un homme tel que vous, qui êtes presque un vieillard....
Silvereal protesta d'un geste.
—J'ai dit un vieillard, insista de Belen. Parbleu! il fait beau voir qu'à votre âge, vous vous obstinez à roucouler comme un Roméo de vingt ans... Cela est fini, mon cher. Nous aimons où et quand nous pouvons!...
—Pardon! s'écria Silvereal, poussé à bout. N'êtes-vous pas amoureux vous-même de Lucie de Favereye, une pure et chaste enfant qui pourrait être votre fille?...
De Belen pâlit. Le coup était direct. Mais, se mordant les lèvres, il reprit avec sang-froid:
—Tout d'abord, mon cher baron, remarquez qu'entre une chaste et pure enfant comme Lucie, je répète vos expressions, et cet être vicieux, corrompu, presque effrayant, qui s'appelle le Ténia et pour vous la duchesse de Torrès, toute comparaison serait un crime!...
—Belen! prenez garde! fit Silvereal, qui blémissait.
—Prendre garde? à quoi? à votre colère!... Laissez donc aux auteurs de drame ces grands airs de bravache... nous sommes ici pour raisonner et nous dire nos vérités... tant pis si elles nous froissent! Donc, s'il vous plaît, étudions nettement, et une fois pour toutes, notre situation respective.
De Belen se plaça devant Silvereal, les bras croisés, la tête haute; puis, d'une voix sèche, et en accentuant chaque parole avec la vibration brutale d'un marteau qui tombe: