Elle se prenait à frissonner, sans savoir pourquoi. La mort de Mancal l'avait épouvantée. Et quelque soulagement qu'elle éprouvât à la disparition de son complice, cependant une voix sourde lui criait que le crime triomphant a ses revers et ses catastrophes; elle pensait à cet homme qu'elle avait vu naguère encore si fort, si sûr de lui-même, bronzé d'énergie et de cynisme... et devant son imagination passait le cadavre que l'eau emportait impuissant, livide, jouet du flot qui l'entraînait....
Alors s'imposait à elle une terreur vague. Elle regardait autour d'elle, comme si un ennemi inconnu, un vengeur peut-être, allait surgir pour la saisir, pour la punir à son tour... et elle cachait son visage entre ses mains, pour écarter la vision sinistre....
Puis elle se souvenait de celui qu'elle avait à peine entrevu... Jacques de Cherlux. Et c'était comme un rayon de lumière dans des ténèbres sombres....
Ce qui l'avait frappée en lui, c'était ce regard clair, brillant d'honnêteté et de franchise, ces yeux étincelants d'admiration naïve et de passion inassouvie, derrière lesquels elle avait deviné une âme. Elle avait ri d'abord. L'admirer, qu'était-ce donc que cela? N'était-elle point blasée sur les hommages? L'amour! elle l'avait toujours raillé.
Quand Martial, désespéré, se tordait à ses pieds en demandant grâce, quand il lui sacrifiait sa vie, son honneur, sa mère, elle avait aux lèvres un rictus railleur et lui répondait ce mot atroce que Martial n'avait pas oublié:
—Tu es si lâche que parfois je crois t'aimer!
Quand sir Lionel, brisé, atterré, après avoir tout employé pour la dompter, colère et menace, prières et brutalités, lui criait:
—Je me tuerai!
Elle souriait encore, d'un air de défi.
Ç'avait été une scène atroce.