—Madame la duchesse, reprit-il, je devine à vos regards que vous êtes irritée contre moi....

Il attendit une protestation polie. Elle resta immobile. Elle attendait, comme ces habiles bretteurs qui laissent l'attaque à l'ennemi jusqu'à ce qu'il se découvre.

Il dut parler:

—En vous écrivant, dit-il, j'ai obéi à un mouvement de colère qui peut-être m'a entraîné plus loin que je ne l'aurais voulu... mais il est dans la vie des circonstances où l'homme le plus calme n'est pas maître de lui. J'ai été indignement trompé. J'irai plus loin. Vous avez été vous-même victime d'une odieuse machination, et, sans le savoir, vous avez accueilli, patronné, introduit chez moi un homme qui n'est, en réalité, que le complice d'un bandit.

Elle appuya son coude sur le sofa, soutenant son menton de sa main finement gantée et considérant toujours de Belen avec une attention soutenue.

Ce sang-froid commençait à irriter le duc:

—Je veux parler, dit-il d'une voix qui tremblait un peu sous l'action d'une agitation intérieure, de celui qu'on appelle le comte Jacques de Cherlux et de son protecteur et ami, M. Mancal... Mais en vérité, madame, fit-il tout à coup avec un geste emporté, il semblerait que vous ne me comprenez pas... Oui ou non, est-ce sur une lettre de vous que j'ai reçu chez moi M. Jacques de Cherlux? Oui ou non, avez-vous engagé jusqu'à un certain point votre responsabilité?... Voilà ce que je vous demande... avec calme, avec politesse... et je m'étonne que jusqu'ici vous n'ayez pas daigné répondre, fût-ce par un seul mot, aux paroles conciliantes que je vous ai adressées....

—Je suis venue, dit la duchesse froidement et sans quitter son attitude dédaigneuse, donc je suis prête à subir l'interrogatoire qu'il vous plaira m'adresser....

—Un interrogatoire?... non, certes.

—Je pensais que vous vous érigiez en magistrat, dit-elle encore avec un sourire. Le cas serait original... et d'autant plus intéressant.