«Je poursuis une oeuvre de haine, avait-il dit. Je veux que cet homme vous aime et que vous le haïssiez comme moi.»
Ainsi, ce plan qu'elle ne connaissait pas et auquel elle s'était prêtée tout d'abord recevait déjà un commencement d'exécution. Elle comprenait quel sens infâme se cachait sous la lettre de Mancal; elle devinait que le seul but du bandit était de dénoncer faussement Jacques, de le compromettre, de le perdre.
Elle eut froid au coeur, en même temps que tout son sang affluait à son cerveau.
Ainsi c'était bien vrai. Jacques allait être saisi par l'engrenage menaçant. Jacques!... perdu!... et par elle!...
Dans cette nature glacée par la corruption, c'était le réveil d'un feu mal éteint... c'était une explosion passionnée dont elle n'était plus maîtresse....
Et tandis que son front brûlait, tandis que son sang courait dans ses veines comme un métal en fusion, elle fit appel à ce sang-froid qui jusque-là avait été dans les choses du mal son arme la plus terrible, et elle reprit, sans que sa voix tremblât, cachant la flamme de son regard sous ses longs cils baissés:
—Qu'avez-vous fait?
—Ce que j'ai fait! J'ai prouvé à ce misérable que je n'étais pas l'adversaire ridicule dont il croyait avoir si bon marché... Je lui ai craché son infamie à la face... et je l'ai chassé....
—Vous l'avez chassé? fit lentement la duchesse.
—Et ce soir tout Paris saura ce qu'était M. de Cherlux, un aventurier, qui doit être replongé dans la fange d'où il avait osé sortir. Ah! ce Mancal a disparut!... d'autres disent qu'il est mort! Peu m'importe! S'il est vivant, je le défie... comme je méprise ce Jacques... Mais une dernière fois, duchesse, dites-moi, en me regardant en face, si vous aimez cet homme... Si vous êtes sa complice, à lui comme à ce Mancal... si, enfin, vous êtes mon ennemie! Et ceci posé, je jure Dieu que je vous briserai tous, eux et vous, madame la duchesse de Torrès....