Puis la voix du juge reprit, calme, monotone:

—Vous savez sans doute que votre situation est grave... Dans votre intérêt, je vous avertis que, seule, une franchise absolue peut vous concilier la bienveillance de vos juges....

Dioulou voulut répondre, le magistrat l'arrêta d'un geste:

—Ne vous hâtez pas de parler, dit-il. Vous n'êtes pas en face d'un ennemi; le juge d'instruction est un confesseur, vous pouvez tout lui dire... Réfléchissez donc que tout mensonge serait compromettant, tandis que les aveux vous seront comptés....

En somme, il se mettait en frais d'éloquence bien inutiles. Dioulou ne songeait guère en ce moment-là à ce qui pouvait ou non le compromettre. Sa poitrine était serrée comme dans un étau.

—Voyons, reprit le juge, je commence. Prenez votre temps, répondez à votre aise; nous avons le temps. Vous faites partie, n'est-il pas vrai, d'une bande qui porte le nom de Loups de Paris? Ceci est indéniable, je passe donc. C'est exact, n'est-ce pas, vous êtes un affilié de cette bande?

—Oui, fit Diouloufait.

—En vous regardant, continua le juge, je ne trouve pas sur votre visage les caractères de la grande criminalité, et je ne serais pas éloigné de croire que vous avez été souvent entraîné plus loin que vous ne le vouliez.

La voix du juge avait des inflexions presque câlines. Dioulou—nature à la fois brutale et naïve—devait s'y laisser prendre; aussi s'écria-t-il:

—Ah! ça, c'est bien vrai!