—Vous êtes faible.... Ah! la faiblesse mène bien loin... Et déjà, j'en suis sûr, vous êtes touché par le repentir.

Si bornée que fût l'intelligence de Diouloufait, cette exagération de bienveillance commençait à le surprendre. Pourquoi ne venait-on pas directement au fait?... Ce mot de repentir sonnait faux à son oreille. En somme, il n'avait pas prononcé une seule parole qui indiquât de sa part une si complète contrition.

Le juge maintenant ne le quittait plus du regard. Évidemment il cherchait à lire sur cette face bestiale l'effet produit par cette première escarmouche.

—Vous avez été très-coupable, Diouloufait, reprit-il, et le soin même que vous avez mis à vous soustraire aux recherches de la justice prouve que vous avez la pleine conscience de la responsabilité énorme qui pèse sur vous....

—Parbleu! grogna Diouloufait, que gagnait peu à peu une sourde irritation, fallait peut-être venir donner moi-même la patte aux gendarmes....

—Ne parlez pas ainsi. Jusqu'ici, votre attitude a été convenable; ne me forcez pas à revenir sur la bonne impression qu'elle m'a faite. Voyons, mon ami, continua le magistrat avec une intonation de bonhomie charmante, nous savons bien ce qu'est l'entraînement. Vous êtes entré dans la vie par la mauvaise porte, et il n'est pas douteux que des conseils criminels vous ont précipité dans l'abîme où vous tombez aujourd'hui. Racontez-moi les premières années de votre vie....

—J'ai souffert, dit brusquement Diouloufait, j'ai souffert quand j'étais petit, j'ai souffert plus tard, et maintenant je souffre encore... V'là ma vie, elle est bien simple....

—C'est profondément triste, reprit M. Varnay; mais, dites-moi, n'avez-vous jamais eu la tentation de revenir au bien?

—Le bien! qu'est-ce que c'est que ça? Je ne connais que le bagne ou les bouges des grandes villes. Est-ce le chemin pour y arriver, à ce que vous appelez le bien?

—La première chose utile eût été de renoncer aux mauvaises connaissances qui vous entraînaient.