[X]

[MORT OU VIVANT]

Nous avons laissé Diouloufait au moment où, pour résister aux incitations du magistrat, il avait préféré mourir plutôt que de trahir Biscarre.

Ainsi nous est expliqué le mot prononcé par lui lorsque, caché dans le trou de la Rivière morte, il avait appris que la police était à sa poursuite.

—Je ne veux pas être tenté! avait-il dit.

C'est qu'il connaissait déjà tous les détails que venait de lui rappeler avec une implacable prolixité le procès-verbal lu par le greffier. Oui, il savait que c'était Biscarre qui avait torturé, assassiné, brûlé la malheureuse femme dont il avait fait sa compagne.

Singulière nature que celle de ce bandit: coupable de toutes les violences, il avait en lui je ne sais quel besoin instinctif, inconscient, d'être bon, de se dévouer. Nul ne l'avait jamais aimé, et sa faiblesse même n'avait pu lui concilier d'affection durable. Mais cet homme avait voué à Biscarre une amitié que, jusqu'ici, rien n'avait pu briser.

Était-ce donc que le roi des Loups eût tenté quelque effort pour la mériter, pour se créer quelques titres à la reconnaissance de Diouloufait? Non. A ses dévouements il répondait par la brutalité; à ses soumissions, par la violence. Et pourtant Dioulou l'admirait, l'aimait. On eût dit qu'il était rivé à cet homme corps et âme.

Peut-être aussi savait-il que ce Biscarre, au coeur de granit, à la volonté impitoyable, souffrait d'épouvantables tortures, à la façon de ces monomanes dont le crâne est par intermittence le siége de convulsions atroces.