Il avait peur de Biscarre: d'un mot, le roi des Loups le réduisait au silence. Sa force le terrifiait, cette énergie indomptable le frappait d'une admiration épouvantée.

Un jour, Diouloufait avait rencontré la Brûleuse.

Pourquoi ces deux êtres s'étaient-ils réunis? D'où venait la sympathie profonde que cette créature, laide et brutale, avait inspirée à Dioulou? Ce sont là des mystères qu'il eût été lui-même impuissant à expliquer.

Toujours est-il qu'il avait voué à cette femme une affection qui tenait de celle qu'il portait à Biscarre. Même soumission, même abandon de soi-même.

Et voici que Biscarre l'avait tuée! Pour la première fois, Dioulou avait senti en lui un mouvement de rage folle contre le roi des Loups! Ah! s'il l'avait tenu en ce moment-là! peut-être se serait-il vengé d'un seul coup.

Mais on lui demandait de le livrer... à qui? à la justice. Cette action lui paraissait le dernier terme de la bassesse humaine. Et, cependant, n'était-ce pas la vengeance, sûre, complète, cette vengeance que la misérable avait réclamée dans un dernier cri d'agonie?

Combat terrible!... et quand Dioulou s'était senti faiblir, quand il avait compris que, peut-être, il allait trahir le compagnon de toute sa vie, le maître dont il était l'esclave, alors il avait arraché l'appareil qui couvrait ses blessures, un flot de sang s'était échappé de leurs lèvres béantes... l'homme était tombé....

Le juge d'instruction n'avait pas compris. Pouvait-il lire dans cette âme étrange où les sentiments n'appartiennent pas à la commune nature des hommes?

Le médecin de la Préfecture avait été mandé aussitôt.

—Cet homme est en danger de mort, dit-il.