—Ce que c'est que de nous! soupirait-on.
Voici maintenant que le corps est recouvert d'une sorte de boîte qui le cache tout entier, et qui ne sera plus soulevée qu'au matin, lorsque arriveront les chirurgiens avec leurs instruments d'acier.
Pauvre Dioulou! car il est donc bien vrai que tout soit fini! Triste existence, en vérité, que la tienne! Ta mère folle t'a enseigné le mal et la haine... Puis voici que, dès ton adolescence, tu as été saisi par l'engrenage de la pénalité. Le bagne a achevé l'oeuvre de corruption. Biscarre s'est emparé de toi, qui, peut-être, n'étais pas vraiment méchant. Tu as glissé dans toutes les fanges, fidèle à ton maître comme un chien, le suivant dans tous les cloaques où il lui a plu de te conduire... et cela sans jamais rien exiger, te contentant d'une sorte de misère, ne rêvant, ne désirant rien, sinon quelquefois une bonne parole de ce démon auquel tu t'étais donné. Tu n'as eu qu'une seule affection dans le monde, celle de cette réprouvée, qui était une brute comme toi... On te l'a tuée... Et maintenant, te voilà étendu, nu comme l'animal qu'on jette à la voirie. Pas une pensée, pas un regret ne t'accompagnent. Sous le rayon blafard qui filtre à travers les grilles, on voit à peine la place où tu gis, et encore ce n'est pas l'heure du repos.
Car tu appartiens à la science, et ta chair gémira sous le scalpel avant que la dernière pelletée de terre te couvre à jamais....
La nuit vient, sombre, sinistre.
La salle des morts s'emplit d'ombre. Par la baie, on entend le flot qui passe en clapotant.
C'est tout. Les bruits de la ville s'éteignent un à un.
Seule la lourde voix des horloges tinte, tinte au lointain, solennelle et lugubre... On dirait qu'un souffle de malédiction passe et tourbillonne autour du cadavre maudit....
L'heure s'écoule. Voici dix... onze... douze, c'est minuit. Plus épaisses sont les ténèbres, plus lugubre le sifflement du vent qui glisse sur la rivière....
Mais que se passe-t-il donc?