Voilà qui était réglé. La poitrine directoriale se trouvait soulagée d'un grand poids.

Dès que l'excellent fonctionnaire fut de retour, il donna l'ordre d'enlever le cadavre et de le descendre à la salle de dissection.

Puis, tranquillisé, il alla dîner en famille. Ouf! il l'avait échappé belle. Mais ce M. Varnay était, en vérité, un homme charmant.

Les ordres avaient été immédiatement exécutés.

Ici quelques renseignements sont nécessaires.

A l'époque où se passaient ces faits, la salle de dissection se trouvait dans un des anciens cagnards de l'Hôtel-Dieu, c'est-à-dire dans le vaste sous-sol où étaient établis jadis le service du charnage, la tuerie et les étables où les bestiaux arrivaient par la rivière, la chandellerie, la buanderie, les cuisines. Dès longtemps la salle des morts occupait l'angle qui touche au Petit-Pont.

Sous François Ier, il existait encore, dans les basses-oeuvres, des salles affectées aux femmes en couches. Semblables à des celliers, elles furent désignées sous le nom de cagnards (de l'italien cagna, chienne). En temps de crue, l'eau arrivait presque au bas des fenêtres, de sorte que les lits étaient à peine à deux pieds au-dessus du niveau du fleuve. En 1426, une inondation subite avait noyé un grand nombre de ces malheureuses.

Au seul cagnard qui existe encore aujourd'hui et qui, avons-nous dit, servait, il y a trente ans, aux dissections, on voit encore l'entrée du passage qui communiquait avec le petit Châtelet, lorsque Louis XIV eut fait don (1684) de la vieille forteresse à l'Hôtel-Dieu.

Cette salle, basse mais spacieuse, avait été soigneusement recrépie; deux larges dalles de pierre, formant tables, s'étendaient blanches et sinistres devant la large baie d'où tombait la lumière.

C'est sur une de ces deux dalles que le cadavre de Dioulou fut placé. Il était nu, et les garçons de service n'avaient pu se défendre d'une certaine admiration pour cette énorme charpente qui, au dire de l'un d'eux, aurait résisté pendant des siècles.