»Les dessous se prolongent d'un bout à l'autre de l'édifice. Ces sous-sols, dont la plus grande partie reste sans emploi, forment plusieurs divisions s'ouvrant toutes sur une longue galerie munie de soupiraux. Ces ouvertures, percées sur la rue de la Bûcherie, devaient, dans le principe, beaucoup atténuer les ténèbres de ce passage; mais le jour y est maintenant intercepté par des grilles et des treillis de fer; on s'est vu forcé de prendre ces précautions, afin de couper court à un trafic clandestin qui se pratiquait jadis.
»C'est par là, en effet, que les bas employés de l'établissement passaient les dents et les cheveux dont ils dépouillaient les morts pour les vendre à des industriels: les dentistes d'autrefois et les perruquiers du quai des Morfondus venaient en marchandises, la nuit, dans la rue de la Bûcherie.
»Une porte bâtarde, percée sous le soubassement de l'édifice, du côté de la rue de la Bûcherie, est affectée à la sortie des morts. C'est là qu'à certaines heures les corbillards viennent attendre leur chargement.
»Jusque sous le règne de Louis-Philippe, les bâtiments que l'Hôtel-Dieu possède sur la rive gauche plongeaient à pic dans la rivière, et les souterrains avaient, comme ceux d'en face, des ouvertures sur le fleuve; mais, en 1840, toutes ces constructions ayant été soumises à un recul pour laisser passer le quai de Montebello, les basses-oeuvres en furent également rétrécies et par conséquent défigurées.
»Quand on sort de ces lieux funèbres, lorsqu'on se retrouve sur nos voies bruyantes, que l'air semble frais, que les caresses du soleil font plaisir!»
Ainsi s'exprime un des écrivains les plus sérieux, les moins susceptibles d'entraînement imaginatif.
Si nous avons donné à cette citation une extension aussi importante, c'est que nous voulions apporter au lecteur cette conviction que la vérité est bien souvent au-dessus de ce que peut imaginer la fantaisie la plus libre.
Avant de le faire pénétrer dans les souterrains de l'Hôtel-Dieu, nous avons tenu à lui prouver que ce n'était pas là une création de toutes pièces, et nous nous sommes appuyé sur un témoignage impartial que les plus sceptiques ne sauraient récuser.
Mais la partie qu'il a été donné à l'archéologue de visiter ne comporte, il faut bien le reconnaître, qu'une portion très-restreinte de ces cryptes immenses qui se reliaient, aux temps passés, aux catacombes, aux souterrains de la tour de Nesle et aux anciennes oubliettes du vieux Louvre.
Depuis que le sous-sol de Paris a été fouillé dans tous les sens pour l'installation des eaux et du gaz, ces réduits mystérieux ont été comblés; mais à l'époque où se passe notre drame, c'est à peine si on en soupçonnait l'existence.