On avait poussé les deux amis vers le banc de droite, c'est-à-dire celui des accusés. Et, interloqués, stupéfaits, ils s'étaient laissés tomber.
Ceux qui les avaient conduits s'étaient placés derrière eux, et après les avoir délivrés de leurs entraves, avaient tiré d'une gaîne un long poignard qu'ils tenaient à la main, prêts à frapper, si les hommes eussent manifesté la moindre velléité de résistance, ce qui d'ailleurs était loin de leur pensée.
Le tribunal était vide, ainsi que la chaire qui en une cour régulière eût été destinée au procureur.
Au-dessus du tribunal, à la place où d'ordinaire est suspendu le christ en face duquel les serments sont prêtés, il y avait un appareil de forme bizarre, attaché à la muraille.
Depuis leur entrée, Muflier et Goniglu n'avaient pu détacher leurs yeux de ce simulacre bizarre qui, mal éclairé par la lueur des torches, présentait des ombres singulières.
Tout à coup ils frissonnèrent jusqu'au plus profond de leurs moelles. Ce qu'il y avait là, c'était la silhouette d'une guillotine, tracée en rouge éclatant sur la muraille noire, et surmontée d'une énorme tête de loup.
A ce moment une certaine agitation se manifesta dans la foule.
—La Cour, messieurs! crie une voix.
Était-ce une hallucination?...
Voici que trois personnages prennent place au tribunal. Ils sont vêtus de longues robes noires, le visage noirci comme celui de tous les hommes qui sont là....