Il y eut un grillement odieux... une odeur de chair brûlée se répandit dans la salle.

Les traits du supplicié se tordaient. Les yeux roulaient dans leurs orbites. Une sorte de grondement, semblable au souffle puissant qu'on entend aux forges, râlait dans sa poitrine.

Et pourtant il ne criait pas.

Tout à coup, du fond de la salle, un homme bondit jusqu'au tribunal. D'un seul effort, si rapide, si vigoureux, que c'était à douter qu'un être humain pût opérer un pareil prodige, il se jeta vers le lit de torture, et de ses mains, saisissant le carcan de fer qui enserrait les genoux du supplicié, il le brisa comme s'il eût été de verre, tandis que d'un coup de pied il renversait le brasier, dont les charbons roulaient sur le sol détrempé.

—Misérables! hurla-t-il.

Et tous se dressèrent: les juges sur leurs siéges, le procureur dans sa chaire, Muflier et Goniglu sur leur banc.

Dans la foule un cri roula, dans un tressaillement de terreur:

—Biscarre! le roi des Loups!

C'était lui, c'était le maître.

Et lui, sans se préoccuper de ce cri, brisait de ses doigts crispés les chaînes et les tenons de fer; puis, saisissant Dioulou dans ses bras, comme il eût fait d'un enfant, il l'étendit sur le sol, lui soutenant la tête dans ses deux mains.