L'autre, pâle, le front inondé d'une sueur froide, se laissa tomber sur son siége.

Biscarre monta jusqu'au tribunal, et de sa main vigoureuse il saisit l'homme par sa cravate rouge, et, le soulevant, le poussa sur les gradins....

Un cri de rage s'échappa de sa poitrine... il chancela comme un homme ivre.

—Et vous, continua Biscarre, en s'adressant aux juges, vous qui vous targuez de ce titre de membres du conseil suprême, vous êtes ses complices et vous avez menti comme lui!... Ah! mes maîtres! vous étiez bien courageux tout à l'heure pour torturer ce malheureux, coupable d'avoir tenu la parole donnée, et qui, au milieu de nous tous, bandits et criminels, a, seul peut-être, droit au titre d'honnête homme!... Le moyen était habile, et votre victoire était sûre... son obstination même à se taire était une arme contre moi... vous étiez certains de la victoire. Le roi des Loups était condamné!... Vous lanciez quelque assassin qui l'eût surpris lâchement et qui, vous n'en doutez pas, aurait eu aisément raison de lui... Biscarre mort, un autre prenait sa place, et cet autre, c'était celui-là qui avait dirigé toute cette grotesque intrigue... Pierre le Cruel!...

Il éclata de rire.

—Voyez-vous cet homme... votre roi! Regardez-le donc! voyez cette physionomie blafarde sous le charbon qui lui noircit le visage!...

Pierre eut un mouvement de rage; il voulut s'élancer sur Biscarre. Mais soudain, vingt bras le saisirent. Biscarre, par sa soudaine apparition, par son audacieuse défense, avait déjà recouvré toutes les sympathies de ces misérables....

Il reprit la parole:

—Il ne nous appartient pas de faire justice de ce coupable... C'est au jury à décider, à ce jury qu'il a convoqué lui-même... Cette question doit lui être posée:

«Pierre le Cruel est-il coupable d'avoir employé des moyens frauduleux, dans le but de s'emparer du titre et du pouvoir de roi des Loups?