—Ah! c'est toi? fit-il.

—Tu as tenu ta parole, dit Biscarre; c'est bien.

Chose étrange, on eût dit que Biscarre était ému. Ce dévouement brutal, énergique jusqu'à la torture, jusqu'à la mort, avait-il donc ébranlé cette âme de bronze?

—J'ai fait mon devoir, dit Dioulou. Maintenant, Biscarre, écoute-moi. Je t'ai tout donné, mon sang et ma vie. On m'aurait tué sans m'arracher un mot... Mais tout est fini entre nous.

—Que veux-tu dire?

—J'ai beaucoup réfléchi, vois-tu. Mais quand je me souviens que tu as tué la Brûleuse....

—Elle nous eût trahis!

Dioulou fit un geste.

—Laisse-moi donc parler! Tu as tué cette pauvre femme que j'aimais... et ça, je ne peux pas l'oublier. Si tu m'as fait du bien, je te l'ai rendu; nous sommes quittes. Cela me fait de la peine de me séparer de toi, mais il le faut, parce que je sens que de temps en temps il me viendrait de mauvaises pensées, des tentations... J'ai résisté, tu le vois bien! tu es sain et sauf, tu es plus puissant que jamais. Ne t'occupe plus de moi! je m'en irai n'importe où, comme un pauvre chien, avec mes regrets, traînant la plaie que tu m'as faite... vois-tu, ça vaut mieux! donne-moi la main et adieu!...

Biscarre était pâle.