Le ban et l'arrière-ban du monde académique s'étaient donné rendez-vous pour assister au jugement de l'assassin.

Nous lisons ces quelques lignes dans un journal du temps:

«Quand le meurtrier parut, un murmure d'horreur passa dans toute la salle. Ce monstre à face humaine est un des criminels les plus repoussants qu'il nous ait été donné de voir figurer sur le banc abject des accusés.

»Ce personnage, d'une taille colossale, d'une maigreur effrayante, a véritablement le profil d'un oiseau de proie. Ses yeux noirs et enfoncés sous l'orbite semblent lancer des éclairs, et ses longues mains, qui se crispent sur le banc, figurent les griffes d'un fauve.»

Ce qui prouve qu'en certaine occasion, il ne fait pas bon être maigre.

Du reste, il faut reconnaître que l'aspect d'Exupère n'avait rien de sympathique. Cet homme, qui avait toujours vécu en dehors du monde, semblait appartenir à une race spéciale. C'était en quelque sorte la première fois qu'il paraissait en public, et dans quelles circonstances, bon Dieu!

Si du moins il eût témoigné quelque repentir!

Mais point. Cette nature brute ne connaissait, ne comprenait que la vérité....

Et quand l'académicien, de son ton patelin, et tout en sollicitant l'indulgence du tribunal pour le coupable, raconta, les larmes aux yeux, comment il avait nourri aux mamelles de la science et du lait de son inépuisable bienveillance l'ingrat qui l'avait si peu payé de retour....

Exupère se leva furieux et lui montrant le poing: