—Vous êtes un menteur et un voleur! cria-t-il.
Scandale regrettable à tous les points de vue.
Certes, le savant se contenta d'opposer le dédain de la pitié à des accusations aussi insensées.
Mais la foule n'avait pas son indulgence... non plus le tribunal... non plus le ministère public....
En vain le président, dans son interrogatoire, dont l'impartialité fut très-remarquée, adjura-t-il Exupère de revenir à des sentiments humains.
—Vous êtes un grand coupable, lui dit-il, et vous êtes un de ces êtres qui sont la honte de l'humanité. Mais tout sentiment ne peut être mort en vous. Quoi! vous accusez le savant dont la France s'honore et que l'univers entier nous envie, de vous avoir dérobé le fruit de vos veilles!... Croyez-moi, n'ajoutez pas cet outrage au crime commis! rétractez-vous, je vous en conjure, au nom de la conscience publique....
—Monsieur le président, dit Exupère, au nom de la conscience publique, je déclare qu'il n'est pas de plus grande infamie que celle commise par cet homme: il m'a volé la chair de ma chair et le sang de mon sang.
—Accusé, si vous persistez dans vos scandaleuses affirmations, je me verrai contraint d'user contre vous des droits rigoureux que la loi me confère....
—Ah! eh bien! alors, pourquoi m'interrogez-vous, si c'est vous seul qui avez raison?
Cette impudence et ce cynisme faisaient bondir la magistrature assise sur ses fauteuils professionnels.