»—Encore deux minutes et tout sera fini, dit Lionel. Je crois qu'il faut prendre son parti. En somme, ce n'est pas une mort plus désagréable qu'une autre.
»A peine avait-il prononcé ces paroles, que, levant la tête, je poussai un cri à mon tour. A travers les fentes de la trappe qui s'était ouverte sous nos pieds, j'apercevais une lueur rouge, intense, sanglante.—Le feu! m'écriai-je.—Où cela?—Dans la maison du bandit... au-dessus de notre tête....
»—Bon! fit Lionel en riant, c'est la méthode contraria contrariis; seulement, comme si nous avions tous les allopathes du monde à nos trousses, nous sommes bien morts.
»Au même instant, il se fit auprès de nous un écroulement. Où? Comment? Par quel miracle? Je ne puis rien dire. Je me sentis saisi par le flot, entraîné dans une sorte de gouffre où mon corps jouait comme une épave... la nuit... un épouvantable fracas... mes membres se heurtaient à des corps durs qui me faisaient mal... Je comprends maintenant: la muraille s'était abîmée sous les efforts de Lionel. Par quel étrange bonheur avons-nous été entraînés vers la rivière? je ne le sais... je perdis connaissance... C'est alors que vous nous avez repêchés, Lionel et moi... J'en ai été quitte pour une fluxion de poitrine. Quant à mon cher et pauvre ami, je suis désespéré de ce que vous m'avez appris. C'est lui qui nous a sauvés!... C'est à vous de le sauver maintenant!...»
Archibald avait mis dans son récit une animation qui l'avait épuisé. Des gouttelettes de sueur perlaient sur son front.
—Écoutez-moi, mon ami, reprit Armand. Votre guérison est certaine, et avant une semaine vous serez prêt à recommencer la lutte. Il ne faut pas nous le dissimuler, elle sera terrible. Le misérable Biscarre n'a disparu que pour mieux pouvoir dresser ses batteries. Attendons-nous à quelque coup de tonnerre éclatant tout à coup. Lionel nous manque; mais nous avons une nouvelle recrue, sur laquelle je compte beaucoup.
—De qui voulez-vous parler?
—De ce jeune homme que les frères Martin ont sauvé du suicide, de Martial. C'est une âme dévouée et un coeur énergique. Et je crois d'autant plus en lui que j'ai acquis une conviction... Martial est le fils d'un homme que j'ai trouvé assassiné au Cambodge, dans un de mes derniers voyages. Et je suis persuadé—ceci peut vous paraître étrange—qu'à ce meurtre n'est pas étranger certain personnage que nous connaissons et qui joue à Paris un rôle mystérieux....
—Quel est ce personnage?
—M. de Belen.