—Ah! cette sorte de métis portugais... serait un assassin!
—Les preuves me manquent... un seul homme peut me les donner.
—Et cet homme....
—C'est Soëra, c'est l'être bizarre que j'ai recueilli le jour même où le père de Martial avait été assassiné.
—Mais quel rapport avec M. de Belen?
—Il y a quelques jours, lors du bal donné par le duc, Soëra, qui était venu me chercher pour me rendre au club, a entendu la voix de Belen et n'a pu réprimer son agitation.
—Vous l'avez interrogé?
—Certes; mais cet homme appartient à une race bizarre, soumise à des rites inconnus; depuis le soir où cette révélation soudaine a éclaté—du moins à ce que je suppose—Soëra s'est renfermé dans un mutisme absolu; il passe les journées et les nuits prosterné dans l'attitude de la prière, immobile comme un fakir indien... Et force m'est d'attendre que l'heure ait sonné où le dieu qu'il invoque lui aura permis de parler....
—N'avez-vous pas mis Martial en face de Soëra?
—Je vous comprends. Vous vous souvenez qu'à la vue de Martial, j'ai été frappé d'une ressemblance que je n'ai pu m'expliquer. En effet, ce jeune homme est le portrait vivant de son père, de ce vieillard que j'ai trouvé horriblement mutilé, expirant dans d'épouvantables tortures. Oui, le jour viendra où, si mes prévisions se réalisent, Soëra dira au fils toute la vérité; mais il règne dans cette aventure de profondes obscurités, que je cherche à percer. Par bonheur, mes études sur les langues asiatiques me fournissent quelques lueurs qui servent à me guider. Quoi qu'il en soit, je sens que le Club des Morts aura à punir en M. de Belen—et peut-être en un autre, que je ne vous nommerai pas encore—deux criminels... Ce jour-là, Archibald, si j'ai besoin de vous....