Pour entrer au bagne, il avait dû déployer autant d'habileté, de prudence, que tant d'autres en déploient pour s'évader.

Et de fait, l'invention était des plus originales.

Il faut bien comprendre que l'entrée du bagne était gardée d'une façon toute spéciale.

Pour empêcher les forçats de s'évader, les gardes-chiourmes se fiaient, à l'intérieur, sur leur nombre et sur le soin continuel qu'ils apportaient aux rondes de surveillance.

Pour eux, le grand danger, le seul contre lequel ils eussent à lutter continuellement, venait de l'extérieur.

Le forçat livré à lui-même entre les murailles du bagne doit faire appel à une ingéniosité qui est des plus rares et qui a fait la réputation légendaire des Collet et des Fanfan.

Comme un nouveau Robinson, il doit tirer de son propre fonds tout l'arsenal nécessaire à l'oeuvre de liberté, ce qui suppose une tension d'esprit, une habileté de mains, une persévérance véritablement exceptionnelles.

Mais c'est de l'extérieur que viennent les instruments microscopiques, les ressorts de montre, les bastringues, grâce auxquels le forçat pourra scier les barreaux, les vêtements qui le déguisent, les perruques et les faux cheveux qui le rendent méconnaissable.

Aussi la surveillance organisée à la porte est-elle si minutieuse que sans un ordre d'écrou ou une permission ministérielle, il est impossible de pénétrer dans ce lieu, qui rappelle l'hadès des anciens.

Biscarre n'était pas assez novice pour se livrer de façon ridicule.