—Ah! s'il ne m'aimait plus!...


[XV]

[LE BIEN ET LE MAL]

Dans le long récit que nous avons entrepris de raconter, il est nécessairement un certain nombre de personnages que nous sommes forcé d'abandonner pendant quelque temps, sauf à y revenir en temps utile.

Maintenant qu'on connaît, en partie du moins, les projets de Biscarre, cette entreprise grandiose, presque sublime à force d'audace criminelle, qui était venue s'enter en quelque sorte sur ses premières résolutions, il nous faut revenir à l'hôtel de Favereye, dans lequel jusqu'ici nous n'avons pas conduit le lecteur.

Cet hôtel qui, depuis plusieurs siècles, appartenait à une des plus honorables familles de la noblesse de robe, était situé à l'entrée du faubourg Saint-Honoré, à peu de distance de l'emplacement où se trouve aujourd'hui l'ambassade d'Angleterre.

Il était occupé maintenant par M. de Favereye, magistrat à la cour de cassation, dont l'intégrité était proverbiale. Plusieurs fois il avait résisté à des ordres venus de haut, et devant sa probité, qui rappelait celle de cet honnête homme qui rendait «des arrêts et non des services,» les plus éhontés corrupteurs de cette époque féconde avaient dû battre en retraite.

La marquise de Favereye, née Marie de Mauvillers, sa femme, occupait avec sa fille Lucie le premier étage de l'hôtel, ainsi que Pauline de Saussay, orpheline, avons-nous dit, que sa mère mourante avait léguée à la marquise.

Au moment où nous pénétrons dans cette demeure, la marquise et sa soeur Mathilde, assises l'une auprès de l'autre, les mains dans les mains, causent avec animation: