—Patience! patience! répète Marie, si triste que soit ta situation, n'oublie pas que tu as des devoirs sacrés et que nulle puissance au monde ne peut briser le lien qui t'attache à M. de Silvereal.
—Eh bien! ma soeur, reprend Mathilde dont les yeux brillent d'une exaltation fébrile, je n'ai donc plus d'autre refuge que la mort!
—Soeur! soeur! je t'en conjure! ne parle pas ainsi... ton animation m'épouvante!... Tu parles de mourir!... Mais, sans que je veuille diminuer le fardeau de douleurs que tu as à supporter, ne te souviens-tu pas des angoisses qui, depuis si longtemps, pèsent sur ma vie!... As-tu oublié ces larmes que je verse sans cesse, désespérant maintenant de retrouver jamais celui que j'ai perdu, de l'arracher à ce misérable qui en fait son jouet et sa proie! Mathilde! est-ce que je suis tuée, moi!
—Tu es forte et je suis faible!
—Non! ce n'est pas de la force! Le suicide est une lâcheté! Qui se tue, déserte!
—Mais tu ne comprends donc pas que ma situation est plus horrible chaque jour?... Voici que maintenant M. de Silvereal est privé de cette illusion malsaine qu'entretenait en lui le faux amour de la Torrès... Elle a disparu, pour aller se cacher avec un nouvel amant dans quelque retraite où il n'a pas su la découvrir... D'hypocrite qu'il était, le désespoir l'a rendu cyniquement cruel. Les tortures qu'éprouve son âme jalouse, c'est à moi qu'il veut les faire expier!... Il m'insulte, il me brave sans cesse, il répète le nom d'Armand de Bernaye, le nom que je conserve comme un écho de douloureuse joie au fond de mon coeur et que ses lèvres profanent... Parfois je surprends dans ses yeux des lueurs qui m'effrayent... Il s'est réconcilié avec le duc de Belen, et ces deux hommes, jetés dans notre vie pour le mal, complotent, j'en ai la conviction, quelque infernale machination... eh bien!... il y a trop longtemps que je lutte!
—Mathilde!
—Souvent, la nuit, seule, désolée, pressant entre mes mains mes tempes prêtes à éclater, je songe à fuir... oui, en vérité!... je veux courir chez Armand, et lui crier: «Prends-moi!... emmène-moi!... arrache-moi de cet enfer où je me débats!» Puis, j'ai peur de moi-même, j'ai peur de perdre Armand sans me sauver... et toujours devant moi se dresse ce fantôme de haine basse et vile qui ose s'appeler mon mari!... Tu vois bien, soeur, que c'est à désespérer!
La douleur de Mathilde était poignante.
Et, par malheur, elle ne faisait que dire la vérité.