Avant de la condamner, il faut tout savoir.

M. de Favereye, qui avait soigneusement caché les causes du duel dans lequel le séducteur avait péri, avait ensuite conduit sa fille dans une de ses terres. Nul ne soupçonnait ce qui s'était passé. Pendant sa grossesse, sa fille fut en proie à des accès de folie qui prouvèrent son irresponsabilité.

Il était évident qu'elle ne résisterait pas aux douleurs de l'enfantement; le médecin, qui seul avait reçu les confidences de M. de Favereye, lui affirma que la mort de sa fille était inévitable, mais en même temps il s'engageait à sauver l'enfant qui naîtrait d'elle.

C'était à ce moment que M. de Mauvillers prétendait contraindre sa fille à une union détestée.

M. de Favereye vint à elle.

Il lui révéla ce qui s'était passé dans sa propre famille.

Puis il ajouta:

—Jacques de Costebelle vous a léguée à moi. Voici ce que je vous propose: Je suis riche, je possède plusieurs millions. Je connais et votre père et l'homme qu'il vous destine pour époux. Sur ces deux âmes, l'or est tout-puissant. L'un et l'autre renonceront facilement à leurs projets... et cela en ma faveur. Voulez-vous devenir la mère de l'enfant qui va naître, comme moi-même je deviendrai son père?... Vous serez la compagne respectée de ma vie; les secrets de notre passé seront à jamais ensevelis dans nos âmes.

Marie de Mauvillers avait accepté.

M. de Favereye n'avait pas trop préjugé de la bassesse de ceux dont il prétendait acheter le consentement.